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Conseiller métropolitain à Bordeaux Métropole - Maire Adjoint de Pessac

Benoit Rautureau

A quand un soubresault ?

J’aime mon pays de toutes mes forces mais force est de constater que beaucoup de choses dysfonctionne.

Entre notre rapport au risque, notre rapport à la mort, notre rapport à la science, notre rapport aux loisirs,

Entre une administration pléthorique et la prééminence du principe de précaution,

Entre une société de l’hyper communication et le dévoiement des réseaux sociaux,

Entre l’état de droit et l’utilisation de ses préceptes par des fanatiques islamiques qui en veulent la fin, notre république à laquelle je suis profondément attaché est attaquée de toutes parts.

A cela, il faut ajouter les dérives d’un capitalisme qui reste le meilleur des systèmes mais dont les excès pourraient demain mettre à mal son acceptation par le plus grand nombre, en particulier dans nos pays dits développés.

Comment dans une société de consommation basée sur l’économie de marché et la création de besoins, pourra-t-on durablement accepter, comme c’est le cas aux Etats-Unis, que 1% de la population détienne 20% des richesses ? D’autant plus dans la société de communication qui est la nôtre aujourd’hui. Je crois à un a capitalisme régulé qui soit au service de l’humain et non l’inverse, avec des échelles de valeurs raisonnables et responsables. Il faut revenir à l’économie réelle, à la création de richesse par le travail avant tout.

Politiquement, notre système est parfois décrié. Il faut sans doute l’adapter à notre temps mais je ne crois pas non plus à une société dite égalitariste ou des assemblées de citoyens décideraient par le vote de tout, tout le temps. Ce fonctionnement a un nom : la chienlit, comme le nommait le General De Gaulle. Notre démocratie représentative reste le meilleur des systèmes.

Enfin l’impérieuse nécessité de protéger notre planète ne peut être décorrélée de la question taboue des enjeux démographiques qui posent également le problème de l’accès à l’eau et de la suffisance alimentaire.

Le monde est complexe. Face à cette complexité, il faut être mesuré sur le fond, et non dans l’excès, mais ferme sur la forme dans l’application de la loi. Il faut également du temps et non de la précipitation.

Si besoin, le contexte législatif doit s’attacher à préserver notre triptyque républicain : Liberté, Egalité, Fraternité auquel nous pouvons rajouter la laïcité. Il faut en particulier préserver la 1ere des libertés à savoir la sécurité des personnes et des biens. C’est le cadre législatif qui doit évoluer pour garantir encore et toujours les principes fondateurs de notre République et non ces principes fondateurs qui doivent être adaptés contraints par le cadre législatif.

Notre rapport au risque : Il a changé depuis quelques décennies avec l’essor du progrès scientifique, l’avènement du principe de précaution et la judiciarisation de la société. Aujourd’hui plus personne n’accepte une part de risque individuel ou collectif. Si les choses ne se passent pas comme prévu dans tous les domaines, il faut trouver un coupable et le faire payer. C’est nécessaire dans certains cas mais on est allé beaucoup trop loin dans ce domaine. Plus personne ne veut prendre la responsabilité de décider aujourd’hui. C’est une des raisons de la situation dans laquelle est notre pays.

Notre rapport à la Mort : Il a changé aussi depuis quelques décennies avec le progrès médical, l’allongement de la durée de vie et la baisse de la mortalité infantile. On considère que mourir jeune ou trop vieux est devenu par nature anormal. Or, la vie est un risque permanent avec lequel il faut savoir vivre sans angoisse, nous l’avons sans doute oublié.

Notre rapport à la science : Il s’est dégradé alors même que l’on vit dans un monde de plus en plus empreint de technologie. La culture scientifique est de moins en moins partagée. La réforme du lycée ne me semble pas aller à ce titre dans le bon sens. C’est dommage. C’est à mes yeux essentiel pour avoir demain, des générations capables d’appréhender le monde qui les entourent et de ne pas être en proie à la manipulation de masse.

Notre rapport aux loisirs a modifié notre rapport au travail. Est-ce une avancée ou une régression, je ne sais pas mais il a transformé en droit ce qui était par le passé considéré comme superflu.

Pour pallier les risques liés à la judiciarisation de la société et à l’avènement du principe de précaution, on a créé une administration pléthorique, un pays suradministré par des gens préformatés et formant un état dans l’état. Le politique ne sait plus gérer aujourd’hui cette hydre qu’il a lui-même créé et qui paralyse notre pays. Tant que les lois, les règlements, les décrets, les arrêtés, seront rédigés par des gens hors-sol sous un angle exclusivement juridique et déconnecté des réalités du quotidien, nous nous enfoncerons dans un abime qui nous mènera tôt ou tard à des tensions fortes et à des situations complétement ingérables. J’ai peur que nous n’en soyons plus très loin tant le citoyen voit de plus en plus un fossé entre les textes législatifs, leur application et ce qu’ils vivent au quotidien. Ceci renforce le sentiment d’inefficacité du politique.

Ces couches administratives, ces organes dits de décision, se sont multipliés avec l’essor du principe de précaution aux dépends du risque pesé et assumé collectivement. Plus personne ne veut décider par peur de devoir porter seul des risques que la nation dans son ensemble devrait porter si nous voulons exister et compter dans notre monde contemporain. Si le principe de précaution avait dû prévaloir tout au long de notre histoire. En serions-nous là aujourd’hui ? Sans doute aurions-nous évité quelques déconvenues mais sans doute aussi que la France n’aurait pas eu le rang qui est le sien dans le concert des nations.

Toutes les tensions que nous pouvons vivre sont aujourd’hui exacerbées par le développement des nouvelles technologies, sources d’informations et de culture gigantesques mais sources extraordinaires de fake news et de manipulations de masse. Les réseaux sociaux participent aujourd’hui par leur fonctionnement à véhiculer de la haine et de l’intolérance. On y lit des gens désinhibés cachés derrière un écran ou des faux profils, se permettre d’écrire ce qu’ils ne prononceraient jamais dans la vie réelle. Je crois qu’il faut en finir avec l’anonymat sur les réseaux sociaux. Que chacun assume ce qu’il dit ou écrit !

Oui, notre République est un état de droit mais quand les principes, les lois qui sont censés la protéger se retournent contre elle, à l’image d’un système immunitaire qui s’attaquerait aux constituant normaux de l’organisme, nous avons affaire à une maladie auto immune qu’il convient de traiter avec une législation allégée, claire, parfois renforcée, mais applicable et appliquée.

Il convient donc de modifier le traitement du malade lorsque les symptômes s’aggravent et non de restreindre l’activité du malade en lui expliquant qu’il ne faut pas par principe qu’il change de traitement.

Quel politique aura le courage de mettre un coup de pied dans la fourmilière, d’être le médecin qui administrera le bon traitement avant que la fourmilière n’expose ? Y aura-t-il un ? Je ne sais pas.

Ce que je sais, c’est que si ce médecin n’arrive pas, si nous ne préservons pas notre pays, si nous ne préservons pas pleinement et sans concession notre liberté, notre égalité, notre fraternité, et notre laïcité nous aurons des lendemains d’une autre nature et bien plus difficiles encore.

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